Chouan, cet humble haricot affectionne les sols vendéens dans lesquels il s’épanouit lorsque les matinées mouillées de mai imprègnent cette terre de genêts. Forme allongée, peau fine d’un blanc brillant, exquisément fondante, la mogette se cuisine avec pudeur et patience car, trompeusement anodine, elle ne saurait être insoucieusement oubliée sur le feu. La recette est immémoriale, susurrée au coin de l’âtre lors des soirs de veillées où tous devisent gaiement.
Une certaine modestie des prétentions gustatives est de mise. La mogette était, après tout, destinée aux sans-le-sou, et on lui prête volontiers une simplicité sans façon et un peu fruste. Aucune fioriture donc pour chaperonner ce plat contadin. Quelques rondelles de carotte et aromates – cerfeuil, estragon, sauge - éventuellement, mais elle ne réclame nulle autre gâterie. Cet haricot en est une en soi, accompagné de jambon fumé simplement saisi à la poêle ou généreusement réparti sur une épaisse tranche de pain de campagne frottée à l’ail et sublimée par du beurre aux cristaux de sel. C’est fouler la terre du haut bocage vendéen que de croquer dans telle tartine.
Le chaudron qui abrite les mogettes est profond et exhale une rustique fragrance. Confinée à l’intérieur du logis, la tablée est bruyante et joyeuse les jours de goguette. Convié à la rejoindre, tendez l’oreille, quelques mots de patois sont susceptibles de colorer les causeries. Néanmoins, ne vous laissez pas attraper par cette conviviale image d’Epinal. Glaces, espumas et émulsions concoctés par des chefs étoilés: quid de notre haricot mal dégrossi ? Une tendance qui, sans aucun doute, ne manque pas de troubler le sommeil éternel de maints ventrachoux.
La Mogette de Vendée, haricot d’un terroir
Les lingots que les conquistadors, portés par les vents alizés, rapportèrent du nouveau monde ne furent pas que d’or. Richesse s’il en est, les haricots blancs, que les paysans vendéens baptisèrent tendrement « mogette », ajoutant une nuance caressante à ce doux féculent, étaient aussi du voyage.

Article publié le 3 February 2011




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Continuer sur les forumsLaurence Wichegrod
stanislas
La Mogette de Vendée est pour moi une Madeleine. J'aurai pu en effet commencer ce commentaire à la manière de Perec : "je me souviens...". C'est à Poiré sur vie, après une longue route à vélo avec mon père en direction des belles côtés vendéenes que j'ai découvers celle que tout un pays fête. Parce que si la présentation fait émerger toute la sensualité de la légumineuse et l'érotisme sous-jacent à ses atours rustiques, elle reste discrète sur l'actualité de sa renommée! Si, les beaux jours arrivants, vous vous trouviez dans ce pays de bocage, n'hésitez pas de vous fondre dans ces faunes autochtones qui peuplent ces "fêtes de la Mogette". Voyage et anthropologie culinaire assurés!
rain
BG du 33
Coco, de Paimpol
passe à dix
Bref, la Mogette restera pour moi toujours un truc d'homme. Je reste d'ailleurs assez étonné de voir que c'est une femme qui a écrit le papier. Félicitations mademoiselle (ou madame, ça je n'ai pas su le deviner).
melusine
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